Tous les articles dans "Picardie" :

> SNAPcgt Picardie : Projet de réalisation d’un film vidéo
7 février 2013

> Chronique de Picardie
5 novembre 2009




© SNAPcgt 2006
conception graphique : GL
réalisation du site : Clm + SPIP
puce SNAPcgt Picardie : Projet de réalisation d’un film vidéo
Écrit par le 7 février 2013 à 09h42

Au fait, c’est quoi un artiste ? ça mange quoi ? ça vit comment ?

Titre provisoire : CONDITIONS D’ARTISTES

par Pierre Boutillier

La partie immergée de l’iceberg

Si l’art contemporain fait recette en fréquentation du public et en achat d’œuvre comme l’atteste la dernière FIAC, il touche surtout un public spécialisé de collectionneurs et de galeristes. L’art est toujours en décalage avec le public de son temps, c’est aujourd’hui les modernes qui remplissent les musées lors des grandes rétrospectives, le public est en fait en retard d’un siècle, préférant se tourner vers les valeurs sûres du siècle précédent, sur les œuvres critiquées, analysées, digérées, reconnues pour leurs qualités plastiques par les grands critiques. Il est plus difficile de s’intéresser à des œuvres à défricher, chacun en conviendra. On aime ce que l’on connaît, ce que l’on reconnaît, la paresse intellectuelle nous guette, nous suivons le troupeau. Le grand public connaît quelques grands noms médiatisés au niveau international Christo, Buren, Messager, Bourgeois, Serra... mais plus que tout autre corporation l’artiste et la vie d’artiste aujourd’hui est un mystère, ses doutes, ses craintes, son inspiration, sa reconnaissance, son travail quotidien, ses revenus, ses désirs, ses révoltes...

Les artistes, nos voisins lointains

On connaît les affres de Van Gogh rendus célèbres par une reconnaissance trop tardive et rendue publique par une correspondance abondante et quelques films mais on ne connaît pas grand chose de l’artiste qui produit aujourd’hui dans notre ville ou notre village, ce voisin lointain.

Pourtant l’art attire, des jeunes chaque année s’engagent dans des formations artistiques, rien qu’à Amiens à l’UFR des arts de l’Université de Picardie chaque année 150 jeunes bacheliers s’inscrivent en 1ère année de section arts plastiques qui leur propose une formation qui mixe les approches théoriques et créatives avec à la clé une licence voire un master ou une thèse pour les plus persévérants. À l’Ecole supérieure d’art et de Design 300 jeunes chaque année passent le concours, 30 sont retenus. Ce succès des filières arts plastiques et graphiques (pour ne parler que de ces spécialités artistiques) dénote un engouement qui cache une représentation symbolique de l’artiste, un goût pour l’art qui perdure et même s’accroît dans notre société matérialiste.

S’engager en arts c’est un peu comme s’engager dans les ordres, il faut y croire, croire en l’art et croire en soi pour pénétrer un univers codifié en convainquant de la pertinence de son œuvre, de son projet artistique et pouvoir vivre de son travail, pas de salariat pour l’artiste, crée ou crève ! Heureusement peut-être ?

Un film

Avec ce film nous tenterons de lever une partie du voile sur une profession doublement difficile, parce que la création tenaille, elle est exigeante, il n’y a pas de salut pour la médiocrité, et même le talent et le travail souvent ne suffisent pas, il faut la chance, la persévérance, la bienveillance de l’entourage, des ressources psychologiques personnelles, se faire comptable, régisseur...

Nous irons donc à la rencontre d’artistes d’aujourd’hui ici dans la Somme, département aux mauvais chiffres, économiques, sociaux, culturels... mais où se cachent des talents artistiques qui n’émigrent pas vers Paris et construisent ici leur carrière. Nous irons aussi à la rencontre d’étudiants qui se prédestinent à une carrière artistique, plein de projet et de questions, commençant à pressentir les perspectives et les obstacles et parmi eux Hélène jeune étudiante motivée mais en plein questionnement sur son devenir d’artiste, elle ira à la rencontre des ses paires installés, dans leur atelier, leur chambre, leur garage, etc... pour se faire préciser la réalité de ce métier avant de vraiment s’y engager. Nous la verrons aussi faire les premières démarches pour lancer sa carrière. Au-delà du factuel, de la découverte d’univers singuliers, ces rencontres avec différents artistes aux profils variés permettront de voir comment notre société intègre les artistes socialement, via les opportunités qu’elle leur offre, bourses, moyens divers, lieux de résidence... Des discussions s’engageront sur la liberté de l’artiste, des questions actuelles, celle des moyens nécessaires pour créer, le besoin de créer, de s’exprimer, la réalité de l’argent, du marché. Nous découvrirons aussi la réalité sociale des artistes, leur mode de vie, leurs contraintes, leur détermination pour rester des créateurs libres.

« Le 21ème siècle sera spirituel ou ne sera pas » disait Malraux, ce film propose d’aller modestement le vérifier, y’a t il des alternatives à l’enferment religieux ou à la croissance matérielle et financière, quels sont les espaces de liberté dans la création, quelles solutions proposent les artistes ?

Séquences possibles

-  Table ronde et Travail de jeunes artistes en formation, : De jeunes étudiants en arts, plasticiens et historiens de l’art débattent sur l’engagement artistique aujourd’hui, le passage de l’amateur au professionnel, les qualités nécessaires à l’engagement dans la profession, l’évolution du métier d’artiste depuis le 19ème.

Voir avec Marie Domitille Porcheron pour organiser cette rencontre débat

-  Suivi d’artistes dans leurs expositions, comment cela est possible : moyens, réseau, public... ?

-  Visite d’étudiants en art chez des artistes dont l’œuvre est reconnue régionalement voire nationalement à propos de leur parcours, leur œuvre, leur vie quotidienne.

-  L’atelier, nécessaire ou pas ? le refuge, l’inspiration.

-  Suivi d’artistes au travail sur le terrain

-  Suivi d’artistes sur des moments de formation, stages, écoles...

-  Rencontres avec des financeurs divers pour un projet

-  Travail de réponse à des concours, demande de résidence, de bourse...

-  Travail de déclaration des œuvres, protection...


article du 12 décembre 2012

Après le livre « La vie d’artiste » réalisé en 2005 comprenant des photos d’artistes accompagnées d’un document relatif à la profession ainsi que la transcription du colloque organisé à l’Université de Picardie Jules Verne : Comment vivre du métier d’artiste ? Est-il normal d’avoir un ou plusieurs autres métiers ? Est-ce que la situation en province est différente de celle qui prévaut à Paris ? Nous souhaitons compléter cet « état des lieux » avec un film vidéo rendant visible la réalité du vécu des artistes en leur posant quatre questions :

-  Nécessité ou pas d’avoir un atelier.

-  Nécessité ou pas d’appartenir à une société de droits d’auteur

-  Le temps de la création

-  Votre métier d’artiste est-il suffisant pour vivre, avez vous un autre métier ?

Le projet s’étalera de janvier 2012 à décembre 2013 et sera réalisée par Pierre Boutillier et des artistes maniant la vidéo (tournage et montage), Filmer chaque artiste dans son environnement (3 mn par artiste). Une trentaine d’artistes sera concernée :

Diffusion : sur internet, au festival du film d’Amiens, dans les conférences sur l’art ( Faculté des arts Université Jules Verne Amiens, Ecole supérieure d’art et design d’Amiens. Ecole des Beaux arts de Beauvais et hors région lors de conférences du SNAP ainsi que dans tous lieux susceptibles de diffuser ce film .

Contact MC Quignon 10 rue Metz L’évêque 80000 Amiens marie-claude.quignon@wanadoo.fr

Syndicat National des Artistes Plasticiens SNAPcgt Picardie Bourse du Travail 24 rue Frédéric Petit 80000 Amiens



puce Chronique de Picardie
Écrit par le 5 novembre 2009 à 17h16

Point de vue sur un débat, octobre 2009 :

La Forge (en Picardie) m’a demandé une chronique.

Une chronique ?

Un recueil du débat, une chronique comme ce qui saisit l’ensemble des informations qui circulent et les restitue. Or, j’ai pris tout mon temps, ou du retard, pour écrire cette chronique qui, cependant, doit recouvrer la vivacité de l’échange de parole. Une chronique donc, mais après-coup. Quand l’écoulement des mots s’allonge et se réduit à quelques notes noircies sur le papier.

Le débat : le travail des artistes. Le Lieu : Le Relais de l’Étoile près de Flixecourt, lors de l’exposition Tout est à prendre organisée par le collectif.

J’écoute.

Très vite une confusion, un embrouillement entre la vie d’artiste et le travail de l’artiste. La confusion va cependant persister. Il faut dire qu’autour des intervenants, Marie-Claude Quignon a patiemment reconstitué une exposition passée intitulée "La Vie d’Artiste" où l’on découvre des diptyques constitués d’un portrait à l’atelier d’artistes régionaux et d’un texte accompagnant et soulignant par des documents le plus souvent administratifs cette fameuse ou fichue vie d’artiste ; confère : une vie de chien, ouvrage édité par le SNAP.

Comment, en effet, faire autrement ?

Comment définir la vie de l’artiste sans y mêler souplement le produit fini, disons-le : l’œuvre ? On en vient donc à l’artiste et son œuvre, l’artiste et le travail, l’artiste et son travail, et autre pirouette : le travail de l’artiste qui fait alors l’objet du débat dans cette usine du Relais, dans cette cité de l’Étoile, au fond de la vallée de la Nièvre. Le travail de l’artiste : un processus par lequel le produit artistique s’accomplit. Il y aurait comme une erreur ? Ou plutôt, ne cherche-t-on pas à créer une tension comme l’élastique entre les doigts ? Cette tension éloigne le travail de l’artiste de celui de l’ouvrier. D’un côté l’homme crée, de l’autre il travaille. L’artiste ne travaillerait pas et l’ouvrier ne créerait pas. L’un serait auteur et passionné, l’autre exécutant, besogneux et laborieux. Et pourtant. J’écoute.

Et le travail des artistes ?

Deux représentants d’organisations professionnelles sont présents : Guillaume Lanneau qui est graphiste et membre actif du SNAP-cgt et Pascal Bruandet, plasticien et membre actif de la FRAAP. Ce dernier accroche le débat et tente de répondre, de replacer le débat vers le travail de l’artiste. Face à lui, la confusion qui s’étire dans le temps, où chacun tente de disserter sur la fameuse vie d’artiste, ses déboires, ses singularités, ses fantaisies, ses libertés, son autonomie, ses innovations, sa solitude, sa pauvreté et ses richesses. Tantôt dandy puis punk, parfois vagabond, somme toute l’artiste fait figure gravée sur une image d’Epinal. Plus étrange que celui qui travail car il ne travaillerait pas : "quelle vie d’artiste !" détachée des problèmes causés par le travail, le temps de la création, l’argent, et j’en passe, bref, détachée de la société. Or, une des lignes de réflexion des membres de La Forge est bien ce travail de l’artiste, non seulement l’œuvre visible sur les murs préparés des galeries, mais ce processus par lequel il serait possible d’intervenir sur la réalité, la société actuelle par des productions artistiques. "Comment produire des interférences publiques ?". Le débat justement pourrait prendre le relais.

Cependant, en écoutant l’un des intervenants j’entends que le travail de l’artiste est nié et s’efface devant la toile peinte, le dessin, la vidéo ou autre installation. Certes. Que la valeur artistique jugée par les institutions, notamment les DRAC et FRAC, ne vient de rien et surtout pas du travail. Ah, cette fameuse vie oisive, pleine d’inactivité : de désœuvrement ? J’interprète certes. Et puis il y a le marché public qui cherche à spéculer. Mais la question n’est pas de reconnaître le travail de l’artiste sur la valeur, le bénéfice, la reconnaissance, sa situation dans le marché et la spéculation. Autre égarement pour stabiliser les pensées, pour ne pas replonger dans l’idée de l’artiste éthéré.

Que dire alors ?

Un besoin - ou est-ce un désir -, se fait attendre : le faire œuvre qui relie à mon sens le travail de chacun dans l’accomplissement. Accomplissement dans le temps, processus de création d’un objet de manière générale qui s’ensuit généralement d’un sentiment d’achèvement et de plaisir.

Bien sûr l’artiste a besoin de travailler pour vivre, bien sûr l’ouvrier a besoin de travailler pour vivre. Peu d’entre eux dégagent d’énormes bénéfices, beaucoup d’entre eux ont d’énormes compétences. Et là, il faudrait peut-être spéculer un peu plus sur cette matière.

Car "l’œuvre casse-croûte" nommée comme telle par Alex Jordan,graphiste, avec son joli accent, existe aussi. C’est le "métier" de chacun pour gagner sa vie. La formule demanderait aussi un temps d’arrêt. Seulement que ce métier, d’un côté, n’est pas ultimement reconnu dans l’œuvre regardée, aimée, débattue par la critique, convoitée par les collectionneurs, bénéficiant d’une plus-value digne du travail des meilleurs traders parce que souvent on ignore la notion même d’accomplissement pour privilégier l’objet. Cet objet crée par l’artiste qui n’aurait pas de fonction, pas d’utilité, alors que de l’autre côté ce travail s’imbrique, s’implique d’emblée dans la société marchande, dans une logique comptable. Sinon c’est le chômage. Au passage, notons que l’artiste ne peut être chômeur. Petit privilège de sa figure singulière ! Privilège d’esthète ?

Alors le travail,

le travail de l’artiste et celui de l’ouvrier sont dans ces conditions différents ; et c’est ce qui fait probablement le malaise de la discussion. Mais si l’on envisage le travail de manière générale comme une promesse d’accomplissement, la donne change. La production, la création deviennent des moteurs d’émancipation dans la mesure où il s’agit maintenant de faire quelque chose pour le monde. Satisfaction et plaisirs partagés. C’est ainsi l’individu et ce qu’il fait qui sont regardés, non l’objet en fin de chaîne déshumanisé. Il faut voir l’acuité des femmes sur le banc de tri, la rapidité des gestes, le trésor d’intelligibilité développé pour Faire ; peut-être aussi pour gagner quelques secondes on ne peut l’ignorer. Mais par la méticulosité dans le partage des vêtements issus de nos abandons multiples, de nos consommations, pour les rediriger vers d’autres paysages suivant le climat et les désirs : le Japon : tout ce qui est rayé, marin ; l’Afrique : short et tee-shirt... les vieux pulls tricotés de nos grands-mères trop usés et miteux pour créer un matériau nouveau et innovant d’isolation bio, on regarde autrement les ballots composés par ce monsieur, dont je ne connais pas le prénom, qui s’occupe de la presse. Sans nier toutefois, la dureté de l’épreuve -ses avant bras sont saillants- le palimpseste des tissus colorés compose un bloc aux multiples couleurs crochetés, tricotés dans des laines tantôt douces puis rêches. On regarde ce ballot comme on regarde la compression de César de 1961 Yellow Buick ; comme un engloutissement du fordisme et une critique de la société de consommation, de nos produits finis largués à la poubelle. Complexité de la matière ? On regarde autrement les conditions de travail, rudes, quand on discute avec eux. Le Relais, en effet, ne serait-il pas un lieu de récupération, de transformation des individus et de nos restes de société. Un lieu de passage ? Un lieu où l’individu se met à l’épreuve de soi un temps dans la mesure où le Relais est composé sur une forme d’économie participative et partagée et cherche à leur faire acquérir d’autres compétences pour peut-être aller ailleurs ? Le paternalisme des Saint Frère serait-il déplacé ? Autre matière dont il faudrait spéculer.

Le travail de l’artiste comme celui de l’ouvrier, et d’autres encore ne peut plus être aliénation lorsque le lien entre l’homme et le produit accompli par cet homme est prolongé comme par une sublimation. Ces liens incertains, indéfinis trop souvent, parfois supprimés forment un processus qu’il conviendrait de revoir. Et là, l’artiste a fait son choix. "Agir en horizon incertain", pour finir sur les mots de Pierre-Michel Mengers.

Stéphanie Smalbeen